Le savoir-faire de Georges Burigana en horlogerie est reconnu dans tout le département.
L'ancien mécanicien automobile a restauré l'horloge du clocher de Warmeriville.
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l faut retenir sa respiration, ne pas parler quand on touche le mécanisme", souffle Georges Burigana. Le retraité manipule des
engrenages comme de la dynamite, avec minutie et patience. Sur la table de son atelier, il rénove un carillon, " pris dans
une déchetterie".
C'est loin d'être la première horloge ressuscitée par ses doigts experts. Ses restaurations, toujours " dans
Ia forme et dans l'esprit" de l'æuvre originale, trône dans l'entrée des mairies de Warmeriville et Heutrégiville. On lui doit
également la remise en état de la maquette de la cathédrale de Reims.
Mais le credo de Georges Burigana, jusqu'en'2000, c'était plutôt les voitures. Quarante ans que le Rémois, installé à Warmeriville,
plongeait sa tête dans la mécanique. D'abord comme apprentis, puis gérant de son garage, avant d'endosser à cinquante ans la casquette
de professeur au lycée Saint Jean-Baptiste de La Salle. Sa première rencontre avec une mécanique d'horlogerie arrive un peu par hasard.
"On m'a confié l'entretien du musée Le Vergeur. On m'a dit "Y'a 100 ans de travail, j'ai répondu "je prends !"
Tic-tac des horloges et musique classique
P
armi l'amas d'objets de la maison - " ce sont des trésors" -, une pendule l'interpelle.
"EIle est étonnante. ElIe n'a qu'une seule aiguille, est âgée de trois siècles, de l'époque
où on commençait juste à façonner le métal."
Il ne s'attelle pas seulement à la remettre en état de marche, mais avale avec gourmandise livres et documentation en tout genre.
Il apprendra que cette pendule est une des premières à fonctionner avec un balancier, inventé par un savant hollandais, Christian
Huygens. Après trois siècles, et des heures penchées sur les engrenages, la mécanique se relance." C'était un moment émouvant, intense.
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l y en aura d'autres. Les restaurations s'enchaînent. En réveillant une pendule monumentale de l'hôtel de La Salle, il découvre une
inscription : "C'était du latin: fecit a Melun, le 29 mars 1785." Son talent -"cela reste de la mécanique, à l'état brut",
dit-il, modeste - est sollicité en dehors du village. Des anonymes lui apportent des merveilles. "Souvent, ce sont des horloges destinées
à la déchetterie. " Parfois, il s'agit de pièces très rares, à la mécanique complexe (lire ci-dessous). Son appétit nécessite de plus
grands moyens. Alors Georges construit de ses mains son atelier, attenant à sa maison. Son havre de paix où les tic-tac se mêlent aux
sonorités de la musique classique, diffusée en permanence et essentielle à sa concentration. Il y puise l'énergie, l'endurance pour
achever des rénovations parfois monumentales.
L
'une des plus notables n'est qu'à quelques centaines de mètres de sa maison, dans le petit hall de la mairie. "500 heures de travail,
commente-t-il devant la bête. "Le balancier pèse 16 kilos. L'horloge est posée sur une base en chêne de 80 kilos."
Georges a téléphoné directement à l'entreprise Prêtre et fils, basée à Mamirolle (Doubs) pour obtenir quelques conseils. "Le petit-fils
était très heureux de savoir qu'une de ses pendules allait redémarrer." Une seconde vie pour la pendule. Pour Georges aussi.
La pendule qui ne se remonte jammais
U
ne pièce en particulier a marqué Georges Burigana: la pendule Atmos. Conçue par Jean-Léon Reutter et aujourd'hui distribuée par la
manufacture d'horlogerie suisse Jaeger-Le Coultre, elle a pour particularité de ne jamais se remonter. " Elle possède un poumon, une
petite boîte qui crée de l'énergie à partir des variations de pression atmosphérique et de température", décrit-il. L'objet lui a été
amené par une connaissance, professeur de physique chimie. " ll s'est tellement plongé dedans ! Il a fait importer
depuis les États-Unis une notice de réparation pour l'Atmos, en anglais. ll l'a traduite et me l'a apportée !"
Seul bémol : il manque une chaînette. Et la maison ne fournit aucune pièce détachée à ses détaillants. Georges Burigana ne s'est pas
laissé démonté. Il a écrit une lettre, sans réponse. Une deuxième, pour le même résultat. " A la troisième, un ingénieur m'a appelé.
On a discuté. Il a compris que je m'y connaissais, et m'a envoyé la pièce pour rien." Le défi était réussi.
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